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"Pas, point, mie, goutte"

Sur le bout des langues : les trois mousquetaires de la négation

Retrouvez chaque semaine sur Fle.fr la Lettre d’information de Michel Feltin-Palas, rédacteur en chef à L’Express, consacrée à la vie du français, des langues de France et à la diversité linguistique.


Extraits et sommaire de la Lettre du 17 mars :

"Ne" et "pas" semblent à notre grammaire ce que Roméo et Juliette sont à la tragédie : deux éléments indissociables, unis depuis toujours et à jamais. Grave erreur...

"Je ne sais pas" ; "je ne crois pas" ; "il ne faut pas" ; "vous ne devez pas"... Pour exprimer la négation, j’ai longtemps cru que l’on recourait depuis la nuit des temps à ces deux petits mots connus de tous : ne, suivi de pas. J’en déduisais qu’il en était ainsi de toute éternité et cela me convenait très bien.

Jusqu’au jour où un linguiste de mes amis m’a appris que je faisais erreur sur toute la ligne. Longtemps, en effet, ne est resté aussi seul que Robinson Crusoé sur son île. "Je ne veux", "je ne prends", "je ne doute" : c’était tout et cela suffisait.

C’est seulement au XIe siècle que notre pas fait discrètement son apparition. A l’époque, on éprouve le besoin, dans certains contextes, de renforcer le ne par des mots exprimant des quantités minimales, chacun ne s’employant que dans un domaine bien délimité. Pas est ainsi réservé au déplacement. "Il ne marche pas" signifie littéralement "il n’avance même pas d’un pas".

De même, goutte s’applique à la boisson. "Tu ne bois goutte" veut dire : "Tu ne bois même pas une goutte". Et ainsi de suite : mie est destiné à la nourriture ("il ne mange mie", au sens de "miette") ; point à l’espace ("je ne bouge point").

Et lorsque l’on veut exprimer le peu d’estime que l’on éprouve pour son interlocuteur, on a le choix entre une multitude de mots pittoresques désignant des objets sans grande valeur : "tu ne vaus (graphie garantie d’époque) un dé/une laitue/le tronc d’un chou/un charbon/un bouton"... Mécanisme dépréciatif que l’on retrouve d’ailleurs encore aujourd’hui dans l’expression "cela ne vaut pas un clou".

La situation évolue dès le XIIe siècle."
[...]

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Egalement au sommaire de la Lettre :
- Un appel pour le bilinguisme franco-allemand
- Appel pour un financement croisé de l’enseignement des langues française et allemande dans le Rhin supérieur
- La France insoumise condamne une école en langue basque
- Une nouvelle appli de TV 5 Monde pour apprendre le français
- L’existence ou non d’un mot dans une langue en dit beaucoup sur une société
- Appel à une "résistance francophone" : pour un grand débat sur la politique linguistique de la France et de l’Union européenne

A écouter :
La déclaration d’amour de Jean-Marie Gustave Le Clézio à la langue bretonne

Publié le 26 mars 2020
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