La langue française, ce supplément d’âme et de puissance
Nous publions ici un extrait de l’article de Frédéric Pennel paru dans le dernier numéro de la revue l’Audace ! :
’’Depuis l’ONU jusqu’aux salles de classe, 396 millions de personnes font vibrer la langue française chaque jour. Cette francophonie est le viatique pour traverser la mondialisation sans perdre son âme. La langue peut aussi concourir à réenchanter la société : à notre tour, comme les Québécois en leur temps, lançons notre ’’Révolution tranquille’’.
La France n’a pas de pétrole, encore moins de mines d’or. L’Eldorado français est immatériel, impalpable. Il a fertilisé des siècles dans le scriptorial des abbayes, le long des routes commerciales ou dans des tavernes douteuses. Avant de grandir, à la manière d’un arbre dont les branches ont porté des fruits divers et goûtus sur tous les continents.
Cet Eldorado, c’est notre chère langue romane, mâtinée d’influence germanique. Une vieille dame que certains Français avaient enterrée hâtivement. On l’avait reléguée au rang de patois arriéré parlé par d’irréductibles francophones aux marges de l’Empire… Et la voilà pourtant qui jaillit, insolente de vitalité !
En mars 2026, l’Observatoire de la langue française a placé notre langue au 4e rang des plus parlées au monde, avec 396 millions de locuteurs. Le cadavre, plus vivant que jamais, semble promis à une seconde vie : le français se positionne comme la 2e langue la plus enseignée, avec 170 millions d’apprenants. Aucune autre, dans l’UE, ne bénéficie d’une telle croissance.
Vu de France, on écarquille les yeux devant ces chiffres. Chez nous, le français s’est démodé, nos villes sont couvertes d’enseignes en anglais, ce qui faisait dire au regretté Michel Serres qu’’’’il y a plus de mots anglais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands sous l’Occupation’’.
L’avenir du français est en Afrique
Alors, où se cache ce flot de millions de francophones supplémentaires qui estiment, tout compte fait, que notre langue a de la valeur ? Pas en Europe, c’est certain. Et certainement pas dans les cercles d’Ursula von der Leyen, dont les rouages tournent dans un monolinguisme anglais, froid et technique. L’avenir de notre idiome est, bien sûr, en Afrique. Là-bas, le français est utile pour travailler, se déplacer, il s’agit d’une langue véhiculaire permettant de se comprendre. Et la démographie y reste galopante.
Pour se donner une idée, la République démocratique du Congo devrait bientôt dépasser la France en nombre de francophones. Dans 25 ans, il est annoncé que 9 francophones sur 10 vivront en Afrique. À terme, la langue échappera à la France au même titre que le portugais et l’espagnol se sont émancipés de leur foyer européen. À quand le déménagement de l’Académie française des rives de la Seine vers celles du fleuve Congo ?
Ces statistiques sont des braises rougeoyantes : reste à souffler dessus. Dans ce feu crépitant se forgent les outils inespérés dont la France dispose pour tenir dans ce monde incertain. La langue est le navire amiral d’une culture. S’il n’y avait qu’une chose sur laquelle miser, ce serait cela : la langue et la culture françaises. [...] ’’
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