Nombre
de personnages: 3, deux filles, un garçon.
Décor: un banc, une statue de Cupidon sur un socle, en arrière-plan
(mais ce nest vraiment nécessaire). Les protagonistes peuvent
désigner cette statue sans que les spectateurs ne la voient. On peut
rajouter des éléments de décor évoquant une
petite place (feuilles mortes par terre etc.).
Niveau de connaissance de la langue: à partir du niveau intermédiaire.
Note de mise en scène: Les deux personnages féminins sont
des vieilles dames. Il sagit donc pour les étudiants de rôles
de composition. Il ne sera pas difficile de trouver des costumes adéquats,
et on travaillera tout particulièrement la façon de se tenir
(un peu courbée pour au moins lune dentre elles), la
façon de parler (voix chevrotante) et la démarche (petits
pas). Attention à ne pas perdre ces profils en cours de scène.
Lune des dames se déplace avec une canne, dont elle se servira
pour ponctuer - parfois dangereusement pour son interlocuteur - ses paroles.
Pour la Trish-Trash danse, trouver une musique assez sautillante,
et imaginer avec les acteurs une petite danse où ceux-ci pourront
se trémousser en cadence. Pour ce moment particulier, changer la
lumière au profit dune ambiance guinguette. |
(Un jeune homme
attend. Il a un bouquet de fleurs à la main. Entrent deux vieilles
dames, Agathe, sappuyant sur une canne, et Aglaë qui porte
de grosses lunettes)
Agathe: Voilà, cest là. Tu te souviens, Aglaë?
Regarde, rien na changé depuis le temps. (Elle désigne
les différents endroits avec sa canne). La place, le banc des amoureux,
la statue de Cupidon...
Aglaë: Je vois la place, je vois le banc, mais je ne vois pas la
statue de Cupidon.
Agathe (agacée): Mais si elle est là (geste large avec la
canne). Il serait grand temps que tu tachètes des verres
de contact. Et tu te souviens, mon Roger, il mattendait là,
avec une fleur à la main, (elle désigne le garçon
qui attend) comme ce garçon!
Aglaë: Mes yeux ne sont pas si mauvais que ça, parce que le
garçon, lui, je le vois très bien.
(Elles sapprochent de lui et il les salue avec un vague sourire)
Agathe (au garçon, sans timidité aucune): Bonsoir mon garçon!
Lui (beaucoup plus réservé): Bonsoir Madame.
Agathe (furieuse): Ne mappelez pas Madame, ça
me vieillit! Dites: Bonsoir Agathe. Mon prénom, cest
Agathe et elle (elle désigne Aglaë avec sa canne), cest
Aglaë, ma soeur.
Lui (un peu amusé): Bonsoir Agathe, Bonsoir Aglaë.
Aglaë: Bonsoir jeune homme.
Agathe (enchaînant immédiatement): Savez-vous, mon garçon,
que cest à cet endroit précisément que javais
rendez-vous avec mon Roger? Cétait il y a... (elle cherche)
il y a quarante ans!
Aglaë: Cinquante ans, Agathe! Cinquante ans!
Agathe: Mais non! Tu perds la mémoire en même temps que la
vue, Aglaë. Cétait il y a quarante ans! (elle frappe
le sol avec sa canne en disant: quarante ans.
Aglaë (insistant): Cinquante ans!
Agathe: Quimporte? Je men souviens comme si cétait
hier! Cétait mon premier rendez-vous!
Lui: Moi aussi, cest mon premier rendez-vous!
Agathe: Cest fantastique, nest-ce pas? On a le coeur qui bat,
les jambes molles, on a limpression quon va sévanouir,
mais pour rien au monde on ne voudrait être ailleurs, cest
bien cela, nest-ce pas?
Lui: Oui, cest exactement ce que je ressens.
Agathe: Je sais... Je sais.
Aglaë (à lui): Si vous laviez vue! Elle avait passé
sa belle robe des dimanches. Celle avec des dentelles sur le devant...
Agathe: et je métais mis du rouge sur les joues...
Aglaë (à lui): mais ce nétait pas la peine parce
que plus nous approchions dici, plus elle rougissait. A cause de
lémotion. Mon dieu, ce quelle était émue!
Lui (à Aglaë): Vous étiez là vous aussi?
Aglaë (avec brusquerie): Bien sûr que jétais là!
Jétais trop curieuse de voir comment ça allait se
passer. Et nos parents nauraient jamais accepté quelle
sorte sans sa grande soeur!
Lui (légèrement étonné, à Aglaë):
Ah bon, cest vous laînée.
Aglaë (à lui): Oui, je sais, ça ne se voit pas, les
gens pensent souvent que je suis la cadette, mais je suis laînée.
Agathe (continuant sur son idée, à lui): Roger, il était
là, comme vous, à mattendre. Beau comme un astre,
dans son uniforme militaire.
Aglaë (à lui, enchaînant): Cétait un militaire,
un légionnaire!
Agathe (à lui): Il nous a emmenées au bal! Cétait
le 14 juillet. A lépoque, pour le 14 juillet, il y avait
un bal juste à côté. On a dansé toute la nuit
comme des fous. Et on a ri! Mais on a ri!
Lui (à Agathe, imaginant la suite logique de lhistoire):
Et le lendemain, il vous a demandée en mariage.
Agathe (à lui, soudain triste): Non, le lendemain il avait disparu.
Je lai attendu, attendu! Mais je ne lai plus jamais revu.
Aglaë (à lui, après un petit temps): Alors, elle sest
mariée avec Gaston, le pharmacien. Et moi avec Jules, le frère
du pharmacien. Nous nous sommes mariées le même jour.
Lui (cherchant leur approbation): Cétait un beau mariage.
Aglaë (à lui): Oui, tout le monde sest bien amusé.
Sauf nous deux. On sest un peu ennuyé.
Agathe pensait à son Roger, et... moi aussi, parce que, vous savez,
il était beau garçon, le Roger.
Lui: Cest triste votre histoire.
Agathe (se reprenant soudain, après avoir eu un passage à
vide de mélancolie quand sa soeur racontait son histoire. Presque
furieuse contre lui): Quest-ce que vous dites, jeune homme? Ce nest
pas triste du tout! Cest fantastique! Vous savez, rien que pour
cette nuit avec mon Roger, je trouve que ma vie mérite davoir
été vécue! (complètement enflammée)
Et je souhaite à toute femme de connaître autant de bonheur
que jen ai connu cette nuit-là, nest-ce pas Aglaë?
Aglaë (plus mélancolique): Oui, je suis bien daccord.
Ce quon a été heureuse!
Agathe (ayant un souvenir soudain, à Aglaë): Tu te souviens
de cette drôle de danse qui nous a fait tellement rire?
Aglaë: Oui! Comment aurais-je pu loublier? Cétait
la danse à la mode cette année-là! Cétait
rigolo comme tout! Ça sappelait... (elle cherche) ça
sappelait... Ça sappelait comment déjà?
Agathe (enthousiaste): Cétait la Trish-Trash danse!
Aglaë (enchaînant): et ça se dansait comme ça!
(Elle commence à faire quelque pas maladroits. Sa soeur commence
à la suivre. Musique. Lumière de bal. Elles dansent comme
des folles et entraînent le garçon avec elles. La musique
sarrête. Lumière normale à nouveau).
Agathe (tout essoufflée): Oh merci! Merci jeune homme! Soudain,
jai cru que javais à nouveau 18 ans!
Aglaë: Et moi 16 ans!
Lui (à Aglaë): Mais je croyais que vous étiez laînée.
Aglaë: ça dépend des jours! Ça dépend
des nuits!
Agathe (à Aglaë): Arrête de draguer ce garçon,
Aglaë, il est lheure de rentrer.
Aglaë: Déjà!
Agathe: Oui, rentrons! Peut-être que Roger nous attend devant la
porte.
Aglaë (bas, à lui): Excusez-la, mais elle na jamais
perdu lespoir.
Agathe (à lui): Jeune homme, vous êtes absolument délicieux
et je sens bien que vous me trouvez aussi à votre goût, mais
mon coeur est pris par un autre. Je suis désolée pour vous,
mais cest mon Roger dabord! (assez brusquement) Bonsoir!
Aglaë (à lui) Bonsoir! Et encore merci pour la danse!
(elle lui donne une petite tape sur les fesses, et rejoint sa soeur. Elles
sortent. Noir)
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