Nombre
de personnages: un garçon, une fille. Prévoir également
une figuration pour la marchande de roses.
Décor: rien, scène vide, ou des éléments évoquant
une rue, une place.
Niveau de connaissance de la langue: à partir du niveau élémentaire
fort.
Note de mise en scène: Pas de difficulté particulière
pour cette scène. Insister sur le profil des deux personnages: la
jeune fille devra correspondre au portrait type de létrangère
arrivant en France avec une grosse valise et encore plus de naïveté;
et le garçon au portrait type du Français sûr de lui,
mais peu dégrossi et style gros bras (sil est maigre,
il fera aussi laffaire, et le décalage entre son discours et
son physique de gringalet accentuera encore le comique de la situation).. |
(Entre la jeune
fille qui traîne péniblement une énorme valise et
semble perdue. Par lautre côté de la scène entre
le garçon, chemise aux couleurs criardes largement ouverte, pantalon
froissé. Il croise la fille, la dépasse, se retourne, la
regarde, et vient vers elle dun pas décidé)
Lui (derrière elle): excusez-moi...
Elle (surprise, sursautant et se retournant): Oh! Quest-ce que cest?
Lui: Nayez pas peur! Cest juste moi. Et je voulais vous demander
si vous voulez que je vous aide.
Elle: Pourquoi voulez-vous maider?
Lui: Mais parce que vous êtes une jeune étrangère
perdue dans une grande ville avec une lourde valise.
Elle: La valise est lourde, la ville est grande, je suis jeune et étrangère,
mais je ne suis par perdue.
Lui: Excusez-moi, on aurait pu croire.
Elle (désignant son torse du doigt): Votre chemise nest pas
fermée.
Lui (assez fier): Ah! Vous avez remarqué? Cest fait exprès.
Elle: Cest pour laération? Système français?
Lui: Système français, mais pas pour laération.
Pour lexcitation. Grâce à la chemise ouverte, vous
avez une vue imprenable sur mes poils.
Elle: Vos poils?
Lui: Il y en a cinq, là (il les montre). Cest cool, non?
Elle: Cool?
Lui: Oui, ça fait tout le charme. Le charme français. Vous
appréciez le charme français? Je veux dire le charme des
Français.
Elle: Oui, beaucoup. Mais garder sa chemise ouverte devant une jeune
fille, cest tout le contraire du charme français.
Lui: Cest une idée un peu personnelle, mais bon (il ferme
les boutons de sa chemise); ça va mieux comme ça?
Elle: Cest mieux, mais la chemise nest pas belle, et il manque
la cravate.
Lui (ironique et un peu énervé): et le pantalon, ça
va?
Elle: Non, le pantalon nest pas bien non plus.
Lui: Ya rien de bien, quoi.
Elle: Non, rien de bien.
Lui: Cest étonnant, parce quen général,
les filles, elles me trouvent super, vous voyez.
Elle: Parce quelles ne font pas attention à vos vêtements.
Lui: Cest vrai, en général, elles sintéressent
plutôt à ce quil y a dedans.
Elle: Vous voulez dire: lesprit, lesprit de France.
Lui: Ouais, lesprit de France... Le corps de Franck, tout ça.
Elle: Corps de Franck?
Lui: Franck, cest mon prénom. (Il lui présente son
bras quil plie sous son nez) Tâtez un peu ce biceps, vous
allez comprendre le reste. (Elle le regarde sans réagir) Allez-y
ne vous gênez pas!
Elle: Vous travaillez dans un cirque?
Lui (à nouveau un peu énervé): Vous avez des idées
un peu spéciales, non?
Elle: Cest votre attitude qui est spéciale: vous ne me connaissez
pas et pourtant vous voulez que je regarde vos poils et que je vous touche
le bras dans la rue.
Lui: Ouais, en France, on fait plein de trucs dans la rue.
Elle: Cest fini? Je peux partir?
(elle fait mine de reprendre sa valise)
Lui: Vous navez pas peur de marcher toute seule, le soir, comme
ça?
Elle: De quoi devrais-je avoir peur?
Lui: Eh bien de faire une mauvaise rencontre, par exemple.
Elle: Est-ce que cet exemple pourrait sappeler: Franck?
Lui: Non, avec moi, vous avez de la chance.
Elle: Excusez-moi, mais je ne suis pas convaincue que cette rencontre
soit une chance.
Lui: Ben, cest de votre faute. Vous avez lair difficile à
convaincre. Dhabitude, ça va plus vite.
(Entre la marchande de fleurs, son panier de fleurs au bras. Elle sarrête
pour les regarder)
Elle: Est-ce que vous êtes plus galant, dhabitude?
Lui: Ah bon, cest la galanterie qui vous branche, vous! Mais fallait
le dire plus tôt!
(il avise la marchande de fleurs et claque des doigts)
Une rose, une belle, pour la demoiselle!
La marchande de fleurs (après sêtre approchée
de lui et lui avoir tendu une rose): Voilà, Monsieur.
Lui (lui donnant un billet, sans aucune classe): Tenez! Gardez la monnaie!
(la marchande de fleurs le regarde, prend le billet sans rien dire et
sort)
Lui (tendant la rose vers elle): Voilà! Regardez comme je peux
être super galant! (elle ne prend pas la fleur) Eh bien, prenez-la!
Cest pour vous! Jai quand même pas dépensé 5
euros pour rien! 5 euros, plus la monnaie!
Elle (prenant la rose) Merci.
(Elle ouvre sa valise, jette la rose dedans et referme la valise)
Lui: Quest-ce que vous faites? Vous allez lécraser!
Elle: Oui, vous me la donnez sans délicatesse, alors moi, je la
traite aussi sans délicatesse. Cest juste, non?
Lui: Mais cest un cadeau!
Elle: Le cadeau compte toujours moins que la façon dont on le
donne.
Lui (excédé): Bon, salut!
(il part)
Elle: Vous partez?
(il sarrête, se retourne, revient vers elle)
Lui: Hein?
Elle: Tout à lheure, quand vous mavez abordée,
vous mavez proposé de maider. Parce que vous pensiez
que jétais perdue.
Lui: Oui, mais vous mavez dit que vous nétiez pas
perdue.
Elle: Et je vous ai aussi confirmé que ma valise était lourde,
comme vous laviez vous-même remarqué.
(Un temps. Il la regarde, incrédule)
Lui: Trouvez-moi une bonne raison pour que je la porte, votre valise!
Elle: Cest à vous den trouver, mais il paraît
que vous avez de bons biceps, là (elle désigne son bras
dun doigt).
Lui (après un temps): okay, vous avez gagné. Où on
va?
Elle: Jespère que vous avez de bonnes jambes, parce que cest
un peu loin.
(Il essaie de soulever la valise dun bras mais ny arrive
pas)
Lui: Hé! Quest-ce que vous avez mis là-dedans? Elle
est pas lourde, elle est importable!
Elle: Cest sans doute à cause de la rose. Elle était
très grosse.
Lui (prenant la valise à deux bras et la soulevant avec difficulté)
Bravo pour votre sens de lhumour... (Il repose la valise) ça
ne vous gêne pas que je retrousse mes manches (il le fait) parce
que sur les bras aussi, il y a les poils que vous naimez pas.
Elle: Cest gentil de demander. Allez-y. Je vous félicite
pour votre galanterie.
Lui (après avoir craché dans ses mains et portant la valise
en soufflant comme un phoque): Oui, mais cest super lourd.
Elle: Cest normal, cest toujours dur dapprendre.
(Elle sort, il la suit en soufflant. Noir).
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