Nombre
de personnages: 2, un garçon, une fille.
Décor: un banc.
Niveau de connaissance de la langue: à partir du niveau intermédiaire..
Note de mise en scène: Cette scène utilise abondamment la
technique des apartés. Chaque fois que lun des personnages
sadresse au public à part (ce quil devra
faire ostensiblement), il est conseillé de faire figer lautre
personnage qui est censé ne pas entendre. La succession des apartés-figés
et des redémarrages de dialogue entre les deux protagonistes ajoute
à lintérêt du sketch. Soigner particulièrement
les positions figées en les exagérant, ainsi que la vivacité
de chaque redémarrage de dialogue. |
(Entrent le garçon
et la fille, à lopposé lun de lautre.
Ils se croisent, sarrêtent après quelques pas, et se
retournent lun vers lautre)
Lui (à part): Oh! Cette fille!
Elle (à part): Oh! Ce garçon!
Lui (à part): Une apparition en pleine rue... Comme au cinéma,
sauf que cest au théâtre.
Elle (à part): Jamais je ne naurais cru que jaurais
pu me retourner comme ça dans la rue, au passage dun garçon.
Mon dieu, que va-t-il penser? Pourvu quil dise quelque chose!
Lui (à part): Il faut que je dise quelque chose. On ne va pas pouvoir
rester comme ça bien longtemps.
Elle (à part): Sil ne parle pas, je vais être obligée
de partir. Ce serait trop bête.
Lui (à part): Bon, je me lance! (à elle, savançant
un peu) Excusez-moi, Mademoiselle...
Elle (à lui, le coupant, fiévreuse et savançant
à son tour): oui! (à part) Il ma parlé!
Lui (à part): Elle ma répondu! Mais maintenant, il
faut que je trouve quelque chose à raconter.
Elle (à part): Par quoi va-t-il commencer? Je suis curieuse.
Lui (à part): Bon... Au hasard. (à elle) excusez-moi, mais
jai limpression de vous avoir déjà rencontrée
quelque part... (à part) Je sais, cest complètement
banal, mais je fais ce que je peux.
Elle (à part): Pas très original, mais bon. (à lui)
Je ne sais pas, cest possible. Cest même très
probable, parce que moi aussi jai limpression de vous avoir
rencontré quelque part.
Lui (à part, triomphant): ça marche! (à elle) peut-être
chez des amis communs.
Elle (à lui, heureuse de cette idée): Oui, cest ça!
Chez des amis communs! (à part) Oui, mais qui?
Lui (à part,
après un léger silence embarrassé): et après?
Vite une idée! (à elle, après avoir trouvé
lidée) Mais je ne me souviens plus à quelle occasion.
Elle (à lui): Cest amusant, moi non plus! (au public) voilà,
comme ça, le problème est réglé!
Lui (à elle, sans réfléchir): En revanche, je me
souviens très bien de votre prénom!
Elle (à lui, surprise): ah bon! (à part) comme il pourrait
sen souvenir? Je suis bien certaine de ne lavoir jamais vu!
Lui (à part, furieux contre lui-même): Pourquoi jai
dit ça, moi? Non mais ça va pas!
Elle (à lui): Je suis désolée, mais moi, je crois
bien que jai oublié le vôtre.
Lui (à part): Et pour cause! Bon, contre-attaque immédiate!
(à elle, faussement contrit) Je ne vous ai donc pas laissé un
souvenir formidable.
Elle (à part): Mon dieu, la gaffe! (à lui) Non pas du tout!
Au contraire, jai gardé un très bon souvenir de notre
rencontre, mais je nai pas la mémoire des noms. Rappelez-moi
donc le vôtre.
Lui (à part): Elle est très forte! (à elle) Romain!
Elle (à lui, comme si la mémoire lui revenait): Mais oui,
Romain, bien sûr! Je me souviens maintenant! (à part) Cest
mignon, Romain. (à lui) A vous de me dire le mien maintenant.
Lui (à part): Aïe! (à elle) Le vôtre?
Elle (à lui): Oui, mon prénom. (à part) Je me demande
bien ce quil va dire.
Lui (à part): Je suis coincé, là. Quest-ce
que je vais faire? Mais quest-ce que je vais faire?
Bon, les grands moyens!
(Il seffondre brusquement en arrière, comme pris de syncope)
Elle (à part, assez critique): Un peu démonstratif, mais
pas mal quand même. (se précipitant vers lui, et sadressant
à lui, faussement affolée) Mon dieu, que vous arrive-t-il?
Lui (à elle): Je ne sais pas. Une douleur. Là!
(il met sa main droite sur son coeur)
Elle (à lui, avec emphase, sagenouillant à son côté):
Là! Mais cest le coeur!
Lui (à elle): Vous croyez?
Elle (à lui, même jeu): Mais oui, jen suis sûre!
Lui (à part, triomphant): ça marche!
Elle (à lui): Venez! Venez vous asseoir (elle laide à
à se redresser et à aller sasseoir sur le banc. Il
poursuit le même jeu de lhomme blessé) Je vais
vous chercher un peu deau, au bar den face. (Elle pose son
sac à côté de lui) Faites attention à mon sac.
(à part) Sil est malin, il pensera à regarder dedans
pour chercher mon identité.
Lui (à elle): Oh merci. Merci.
Elle (à lui): Ne bougez pas! Surtout ne bougez pas!
(Il lui fait un pauvre sourire, elle sort)
Lui (seul, au public): Opération réussie! Elle ma
même laissé son sac pour que je regarde son nom. (Il prend
le sac, fouille fiévreusement à lintérieur,
trouve les papiers, regarde) Brigitte! Mais bien sûr: Brigitte!
(imitant le ton quelle a pris un peu plus tôt) Je men
souviens maintenant!
(il regarde de côté, et remet rapidement les papiers dans
le sac, quil replace sur la banc, juste au moment ou elle revient
avec un verre deau à la main)
Elle (à part) Jespère quil a eu le temps de
regarder. (à lui) Tenez, buvez ça, (insistant sur son prénom)
Romain.
Lui (à elle, insistant aussi sur son prénom): Merci, Brigitte.
Elle (à part, contente): Il a eu le temps! (à lui, sasseyant
à côté de lui) ça vous arrive souvent ce genre
de choses?
Lui (à elle): Non, cest la première fois. (se reprenant)
Non, je me trompe, cest la deuxième fois: le soir de notre
première rencontre, jai ressenti la même douleur quand
je suis rentré chez moi et que jai repensé à vous.
Elle (à lui, faussement ingénue): Croyez-vous quil
y ait une relation entre les deux événements?
Lui (à elle): Oui, pas de doute!
Elle (à lui): Alors, cest peut-être plus prudent quon
ne se voie pas plus. (à part) Pourquoi je dis ça, moi?
Lui (à elle, brusquement): Non, au contraire! (à part) Toute
stratégie à son effet pervers.
Elle (à lui): Soyez raisonnable. Je vais vous laisser vous reposer
et puis nous reparlerons de ça plus tard. (à part) Si je
dis oui tout de suite, il va me prendre pour une fille facile.
Lui (à elle): Oui, vous avez raison. Laissez-moi quelque temps.
(à part) Si jinsiste trop, elle va me prendre pour un dragueur.
Elle (à part): Je ne peux quand même pas me jeter à
son cou en pleine rue, ça ne se fait pas. Et croyez-moi, cest
dommage.
Lui (à part): Si je lui dis comme ça, direct, que je laime,
au mieux elle me rit au nez, au pire elle menvoie son sac dans la
figure! Bonjour la stratégie!
Elle (se levant, à lui): Vous êtes sûr que je peux
partir?
Lui (à part): Non, reste! Je suis fou de toi! (à elle)
Oui, vous pouvez partir maintenant, je me sens un peu mieux.
Elle (à part): Pourquoi je pars? Je nai quune envie:
rester avec lui! (à lui) A bientôt Romain.
Lui (à elle): A bientôt Brigitte.
Elle (partant lentement, à part): Il ne me retient pas. Si ça
se trouve, je ne luis fais aucun effet.
Lui (à part): Si elle ne trouve aucune excuse pour rester, cest
peut-être quelle nen a pas envie.
Elle (à part, toujours en partant lentement): Rappelle-moi! Mais
rappelle-moi!
Lui (se levant soudain avec le verre à la main, à elle):
Brigitte!
Elle (se retournant soudain, pleine despoir, à lui): oui
Romain! Quest-ce quil y a?
Lui (hésitant, cherchant quelque chose à dire mais ne trouvant
pas, et puis soudain voyant quil a toujours le verre à la
main à elle): Et le verre?
Elle (à part): Cest tout ce quil a trouvé? (à
lui) Gardez-le, en souvenir de moi! (mélodramatique) Adieu Romain!
(elle se sauve)
Lui (après un temps, le verre à la main, pitoyable, balbutiant):
Brigitte.
(Noir)
|