Nombre
de personnages: 2, un garçon, une fille
Décor: Un banc
Niveau de connaissance de la langue: à partir du niveau élémentaire
fort
Note de mise scène: Ce sketch noffre pas de difficulté
particulière si ce nest sa tonalité dramatique. Il faudra
donc prendre soin quil ny ait aucune ambiguïté entre
les deux personnages, tout ricanement dans la salle étant fatal à
latmosphère de la scène. Pour le personnage féminin,
travailler dans la dureté (visage fermé, ton cassant). Pour
le personnage masculin, éviter tout pathos, et travailler dans la
simplicité, la douceur désenchantée.
Bref, cette scène
gagne à être jouée par des étudiants qui ont
déjà une expérience du jeu dramatique. |
(Elle est assise
sur un banc, pensive, accablée. Il arrive lentement. Il semble
fatigué, ses chaussures son poussiéreuses. Il sarrête)
Lui (posant cette question pour savoir si lautre place sur le banc
est libre, et sil peut loccuper): Vous attendez quelquun?
Elle (regarde vide): Non, moi, je nattends plus personne.
(Un temps. Surpris par le fond et la forme de sa réponse, il hésite.
Finalement, il sassied)
Elle (durement) : Quest-ce que vous faites?
Lui: Je massieds.
Elle: Je vous ai dit que ne nattendais personne!
Lui (dans cette réplique, on doit comprendre quil ne voulait
quoccuper la place laissée libre sur banc, sans plus): Oui,
justement, je pensais que...
Elle (le coupant avec brusquerie): Jai envie dêtre
seule!
Lui: Désolé. (Il se lève) Je ne pouvais pas deviner,
enfin je veux dire, je ne voulais pas...
Elle (le coupant à nouveau): Taisez-vous!
Lui (encore surpris par tant dagressivité): Pardon?
Elle: Taisez-vous! Ne madressez plus la parole! Ne me parlez pas!
Lui (restant debout): Très bien. Daccord.
(Un temps. Il la regarde avec insistance. Elle, elle garde la tête
baissée, mais sait quil la regarde)
Elle: Arrêtez de me regarder comme ça!
(Un temps. Il continue)
Elle: Jai dit: arrêtez de me regarder comme ça! Ça
vous amuse de voir quelquun souffrir?
Lui: Non, ça ne mamuse pas. Ça ne mamuse pas
du tout. Bien au contraire. Ça me peine beaucoup. Je peux faire
quelque chose pour vous?
Elle: Oui! Allez-vous en!
(Il reste)
Elle: Allez-vous en! Je nai besoin de personne!
Lui: On a tous besoin de quelquun.
Elle (fort et sarcastique): Ah ah ah!
(Un temps. Contre toute attente, il se rassied)
Elle: Vous cherchez quoi, là?
Lui: Rien... Rien du tout.
Elle: Menteur! Si vous croyez que je ne vous pas venir, là, avec
vos yeux larmoyants et votre pitié toute prête à servir!
Allez-vous en!
(Il reste)
Lui (très bas, comme pour lui-même): Alors, vous faites comme
ça, vous.
Elle: Hein?
Lui (un petit peu plus fort): Le refus, la révolte, lagressivité.
Moi, je ne peux même pas. Je marche, je marche, cest tout.
Elle: Je comprends pas!
Lui: ça na pas dimportance.
(Il se lève)
Elle (soudain, toujours agressive): Vous auriez voulu que je vous fasse
laumône dune rencontre, cest ça?
Lui: Je ne sais pas.
Elle: Mais si! Regardez-vous! Vous avez la tête de celui qui cherche
quelquun à qui parler! Désolée, vous
avez frappé à la mauvaise porte! Cest pas mon problème
si vous êtes seul!
Lui: Ce nest pas la solitude le problème.
Elle: Ah oui! Cest quoi alors?
Lui (hésitant): Cest... cest... le manque.
Elle (brusque mais bas): Taisez-vous.
Lui (doucement): Le manque, cest pire que tout. Penser quelle
est quelque part, peut-être tout près dici, et que
ne je peux pas la voir, pas la serrer dans mes bras, pas lui parler à
loreille...
Elle (le coupant, très agressive à nouveau): Assez! Je vous
interdis! Je ne vous connais pas! Vous navez pas le droit de me
prendre en otage de vos histoires! Allez-vous en!
(Il la regarde et part lentement)
Elle (après un temps, vers lendroit où il est parti,
elle crie) Salaud!
(Noir)
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