On a beaucoup glosé en effet sur les pratiques de lecture avec Internet . Internet a changé nos modes de lecture, nous avons du mal à nous plonger dans un gros livre ou dans un long article, bref nous survolons, nous "scannons". La lecture profonde, qui était auparavant naturelle, est devenue plus laborieuse pour bon nombre d'entre nous, pourtant rompus à cette activité qui est la base de notre formation.
Que dire alors des jeunes ou de ceux qui n'ont jamais eu l'habitude de lire ?
Le philosophe Peter Sloterdijk ironise sur le fait que « tout l'humanisme occidental consiste à avoir des adultes qui voudraient que leurs enfants lisent en silence sous une lampe. Et dès que les enfants commencent à s'agiter autrement, à sortir, à éteindre la lampe et à bouger, les humanistes de la civilisation occidentale tremblent. »
Chaque époque de changement traîne avec elle son lot de regrets : dans le Phèdre de Platon, Socrate craignait déjà le développement de l’écriture pour ses élèves, alors perçue comme un substitut à la connaissance que l'on accumulait dans sa tête. Les gens ne se reposeraient-ils pas de plus en plus sur les mots écrits et n'allaient-ils pas ainsi "arrêter de faire travailler leur mémoire et devenir oublieux"? Ne seraient-ils pas "largement ignorants" en croyant être sages parce qu'ils peuvent lire un grand nombre d'informations sans véritablement les avoir comprises? Plus tard avec l'imprimerie, on est passé de la lecture en groupe (la lecture est demeurée une activité collective dans les milieux bourgeois jusqu’au milieu du XVIIIe siècle) à une lecture silencieuse, privée et individualisée. Cette époque de la lecture linéaire, qui suppose un lecteur détaché du texte, et un texte lui-même détaché du contexte semble bien révolue.
Un certain type de lecture sanctifiée, la lecture littéraire, disparaît et comme le dit Danièle Sallenave dans un article récent du Monde "Les jeunes ne lisent pas ? Les adultes non plus.."
"C'est trop tard. Mais il reste partout des braises. Il faut souffler dessus".
En classe de langues, on parle de moins en moins de pratiques de lectures : l'accent est mis aujourd'hui sur ce qui incite à l'action, à tout ce qui se construit collectivement à travers des échanges. Bref, on est dans le bouillonnement des interactions plus que dans l'exégèse.
Or la lecture est un acte solitaire, un passage obligé dans la connaissance d'une langue, une étape obscure, que la pédagogie "communicative" a fait un peu oublier. Exit en effet les textes supports qui, assortis de questionnaires de compréhension permettaient de faire tourner une séquence pédagogique (on ne le déplorera pas forcément). Si on analyse la plupart des méthodes de langues aujourd'hui, on s'aperçoit que le texte littéraire ou philosophique a pratiquement disparu, sauf à doses homéopathiques.
Sur internet la rupture est conséquente : l'écrit y est omniprésent, la compétence de lecture y est sollicitée mais dans une perspective de recherche d'informations immédiate. Il s'agit de zapper d'une page à l'autre pour copier coller, récupérer du matériel qui va servir à répondre à une tâche précise, bref de décoder plutôt que d'interpréter.
Les moments de solitude, de séparation des autres qui vont de pair avec la lecture littéraire, les moments de réappropriation silencieuse sont devenus rares à l'heure des blogs, des réseaux sociaux, des forums et des chats. Ce qui se passait dans le secret de notre tête est désormais projeté au dehors, dans cette grande foire participative où on lit les contributions des uns et des autres sans d'ailleurs avoir le temps de les laisser murir en nous et de les synthétiser.
Ce que l'on dit de l'activité de lecture pourrait s'apliquer aux processus d'apprentissage.
Marcel Lebrun, pédagogue québecois, met en garde cependant contre cette folie de l'immédiateté dans l'éducation : il insiste sur les activités de synthèse et de réapropriation constitutives de tout apprentissage : "On n'apprend pas en groupe, on n'apprend pas en ligne ... on apprend en soi". La conférence qu'il vient de donner à L'ICAP de Lyon en témoigne :
Les TICE au service de la pédagogie
Mais faut-il pour autant baisser les bras et lâcher la souris ? On peut être complètement "connecté" et technophile tout en cultivant des moments de pause pour soi, à l'écart des rumeurs et des manipulations médiatiques et publicitaires qui sont devenues assez envahissantes.
Loin de se retrancher derrière des savoirs et des contenus intemporels et certifiés (reconnus d'intérêt pédagogique ) que seuls les livres et les méthodes serainet en mesure de fournir, le professeur de langues peut trouver en ligne des accroches pour amener les étudiants vers le goût de la littérature et des textes de qualité.
La lecture en tous cas qu'elle soit littéraire ou informative est fortement sollicitée en mars et les occasions ne manqueront pas !
La semaine de la langue française du 16 au 23 mars commence bientôt.
Le très beau livret qui accompagne
le site commence par une préface avec quelques uns des dix mots de l'année 2009. "Conserver, vouloir rendre pérenne, est-ce nécessairement renoncer à transformer ? Notre envie d'ailleurs est-elle compatible avec notre besoin d'enracinement ? À l'heure où tout est accessible d'un simple clic, que signifie désirer ? Peut-on exprimer une vision du monde dans une société en perpétuel changement… ?". Il fallait placer les trois mots restants : capteur, génome, clair de terre. Bernard Kouchner, Chistine Albanel et Xavier Darcos n'y sont pas parvenus. Si vous réussissez à écrire de belles phrases dans la même veine philosophico politique avec ces trois mots, envoyez-nous vos propositions !
Le salon du livre de Paris a lieu du 13 au 18 mars et le stand Lectures de dem@in permet de manipuler tous les nouveaux supports de lecture (E-book et plateformes mobiles, bibliothèques numériques, portails de revues, musées en ligne) si vous avez la chance de vosu y rendre.
Le petit Nicolas : «Le théâtre»
Le journal Le Figaro nous offre une perle : une nouvelle extraite du nouveau recueil des aventures du Petit Nicolas de Goscinny et Sempé qui vient de paraître.
"Le théâtre, c'était formidable : une grande salle, comme au cinéma, avec des tas de lumières, des tas de gens, un grand rideau rouge, et des chouettes fauteuils, rouges aussi. Il faisait chaud, j'étais content, maman était assise à côté de moi, j'ai appuyé ma tête contre son bras, et quand je me suis réveillé, ce matin, je ne me rappelais pas comment j'étais arrivé dans mon lit. C'est drôlement chouette, le théâtre, et j'espère y aller le plus souvent possible !"
Les festivités ont commencé au printemps des poètes et ce, pour tout le mois de mars !
Le festival rend hommage à Jean Tardieu. Son thème, « En Ri(r)es », fait la part belle aux facéties de langage de cet écrivain finalement assez méconnu. Ses pièces de théâtre sont largement jouées dans les écoles du monde entier mais sa poésie, plus grave qu'elle n'en a l'air, rejoint parfois la voix de Ronsard et celle, contemporaine, de Queneau.

Rengaine pour piano mécanique, manuscrit de Jean Tardieu
Pour accompagner ce printemps des poètes, la maison d'édition de Barcelone "Difusión" met en ligne une fiche pédagogique.
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