On dit que la culture internet est une culture de l'oubli et du zapping,
que naviguer d’un lien à l’autre empêche
l'indispensable pause, le temps de se retourner sur ce qui a été fait,
produit dans le passé même le plus récent ;
on dit que notre façon de comprendre le monde est de plus
en plus rivée à l'immédiat. Certes, mais Internet
nous a aussi apporté des outils irremplaçables pour
archiver nos documents et pour revenir y puiser ce dont nous avons
besoin pour avancer. Les collections de favoris ont leur histoire..
Pour marquer les 10 ans du Cartable connecté, nous vous proposons
un regard en arrière sur les différentes évolutions
de cet annuaire en ligne spécialisé dans la didactique
du FLE en relation avec les TICE.
1997: Des débuts timides
En 1997, une page de ressources pédagogiques
pour les enseignants était mise en ligne sur le site
Fle.fr.
Cette page se proposait de recenser les adresses internet utiles mises à disposition
de tous de façon gratuite par les institutions, les associations,
et par les enseignants eux-mêmes dans le monde du FLE et de la
langue française.
Les initiatives individuelles étaient assez rares : Clicnet, réalisé par
Carole Netter de l'Université de Swarthmore en Pennsylvanie était
alors le portail le plus connu et son approche très littéraire
dominait le "paysage réticulaire". En France, L'espace
pédagogique de François Mangenot existait
déjà et promouvait entre autres les aides logicielles à l'écriture.
La plupart des professeurs de FLE en France ne connaissaient que Momes.net et
ses comptines pour enfants.
La structuration des premières pages filait la métaphore
de la toile, terme québécois qu'il était de bon
ton d'employer au lieu de l'Internet (ou d'internet, la querelle allait
durer).
Toile
de fond. Les adresses que vous ne pouvez pas
rater, les capitales et les officielles.
Toile de jute. Les adresses
qui vous "dépannent " et vous
fournissent des informations pratiques.
Toile de maîtres. Les
adresses qui vous aident dans votre recherche
de formation professionnelle et qui vous apportent
des informations précises sur la langue
française.
Toile, étoiles. Les
adresses qui vous fournissent de multiples
ressources pour la classe.
Toile à tisser. Les
adresses qui vous permettent d'approfondir
les problèmes de l'enseignement et du
multimédia et d'entrer en contact avec
d'autres enseignants.
Une
rubrique s'y ajoutait : une sélection de cédéroms.
Les TICE que l'on appelait alors NTIC (nouvelles technologies) étaient
dans ces années-là fortement liées
aux produits "fermés" et on pensait alors
que toute une industrie des cédéroms allait
exploser dans le secteur de l'enseignement des langues
("Camille", "Je vous ai compris" sont
des cédéroms FLE de cette époque).
Internet en revanche ne semblait pas offrir de grandes
perspectives de l'avis des spécialistes : les éditeurs
s'y intéressaient assez peu, les responsables d'institutions
pensaient d'abord aux bases de données et les professeurs
eux-mêmes voyaient souvent d'un oeil indifférent
le phénomène de mode se déchaîner
dans les médias. Après tout, leur métier "n'avait
rien à voir avec les outils" !
Pour grand nombre d'enseignants enfin, et cela pour quelques années
encore, internet se consultait comme une encyclopédie pour des
informations écrites, pour des textes. Toute une culture multimédia
attendait son développement : images, sons, perspectives ouvertes
par l'hypertexte , par l'incroyable ouverture de ce nouvel espace restaient
assez largement méconnus.
1999 : La constitution d'une communauté d'échanges en ligne
La communauté FLE est plus présente
sur internet : les listes de diffusion commencent à prendre
leur place dans la culture des enseignants avec la rubrique " Listes".
En effet, la
liste du FDLM créée en août
99 ouvre un espace d'échanges précieux pour
l'ensemble des enseignants de français dans le monde.

2000 : Les ressources classées à partir des besoins des
enseignants
Les besoins sont clairement identifiés et on insiste beaucoup
sur le besoin de communication : échanger dans la classe par le
biais de documents et surtout d'activités orales, mais aussi échanger
entre collègues. On croit beaucoup aux récits d'expériences
et les témoignages jouent un grand rôle formateur.
Pourquoi
cette approche par des besoins clairement identifiés
a-t-elle été abandonnée ?
La partie "activités" était de toute évidence
la plus fréquentée et le nombre de ressources citées
appelait un classement plus fin. Dans le classement des activités,
il semble qu'à cette époque soit apparue la notion de compétences.
N'oublions pas que c'est en 2001 que le Cadre européen commun
de référence pour les langues a été publié !
La notion de public permet également d'affiner la hiérarchisation
des liens : le cartable distingue à cette époque le FLE
pour les enfants, le FLE pour les affaires, pour la médecine,
pour le tourisme ainsi que dans une rubrique séparée, le
FLE pour les étrangers migrants en France.

2002-2003 : L'explosion
des activités

En
2002, une enquête auprès des centres du Groupement
Fle.fr, sur les usages et pratiques des enseignants de
FLE nous permis de bien cerner les limites d'un discours
dithyrambique sur les TICE.
Comme les autres enseignants en France et comme la plupart des enseignants
de français à l'étranger les professeurs de FLE
utilisaient internet principalement pour préparer leurs séances
et pour rechercher des informations sur la culture française,
sur la langue, sur l'évaluation, pour obtenir des informations
professionnelles (colloques, nouveaux examens..). Peu s'aventuraient
dans des séances en salle multimédia avec une éventuelle
participation à des chats, à des forums, à des projets
collaboratifs. Le vidéoprojecteur restait très peu utilisé,
et on faisait rarement appel au travail individualisé ( phonétique
sur internet par exemple).
Les raisons en étaient multiples mais étaient souvent liées
au manque de matériel adapté (pas de carte son, un grand
classique !), au manque d'aide technique, et au manque de formation.
S'y ajoutait une autre dimension : en France , les étudiants ne
viennent pas voir la France en virtuel mais en réel, internet
représentant un ersatz dont on peut se passer ! Dominant tous
les autres motifs de réticence, le temps bien sûr, toujours
manquant, dont les activités en ligne seraient particulièrement
friandes ! Les profs voulaient des supports pédagogiques à télécharger,
des documents clés en main, des exploitations pédagogiques
de vidéos et d'enregistrements.
C'est donc la grande arrivée des scénarios pédagogiques,
des feuilles de route, des webquests. S'ouvre alors une nouvelle rubrique,
celle des scénarios pédagogiques principalement alimentée
par des scénarios d'étudiants de maîtrise ou de DESS.
Le cartable connecté s'offre un frère, celui là destiné aux étudiants
avec des parcours d'apprentissage. Les niveaux du cadre apparaissent à ce
moment là.
Franc-parler.org commence à mettre
en ligne ses dossiers très complets sur différents
thèmes collant au plus près des pratiques
de classe, EDUFLE.net créé en
2003 est un site d'un type nouveau, un site coopératif
(les visiteurs sont invités à y prendre une
part active et à envoyer leurs articles). Le paysage
s'organise sur internet et les ressources sont de mieux
en mieux classées sur le modèle du genre
pour les activités : Le
point du FLE
2004-2006 : La vogue des blogs , la montée des podcasts et l'influence
du CECR
Le
phénomène blog prend
de l'ampleur et l'information passe de plus en plus par le
biais de journaux de bord d'enseignants comme le fameux fle
z' et merveilles (qui s'est d'ailleurs clos
cette année sur le titre "La page est tournée
: Aujourd'hui, j'aspire à autre chose qu'à me
faire exploiter. J'ai donc tourné la page et je ne
fais plus de FLE."
LE site de TV5 crée à cette époque une rubrique "Blogosphère".
Le son occupe enfin de plus en plus de place et de nombreux numéros
du cartable sont consacrés à la compréhension orale,
aux audioblos et à la baladodiffusion.
Une
rubrique accompagne le travail de promotion
du CECR auprès des enseignants
de FLE.fr en 2006 : l'évaluation.
Ce champ de réflexion didactique que l'on croyait "classé" offre
de nouveaux horizons et l'histoire continue : on revisite !

Excès
de liens : le poids du passé (nécessaire)
et la séduction de l'immédiat (inévitable)
En
2007, le jeune professeur qui débute tout comme
le professeur expérimenté n'ont que l'embarras
du choix : "TV5", "Le point du FLE", "Le
Français dans le Monde", "Franc-parler.org", "TICE-ment
vôtre" lui font régulièrement
parvenir leur lettre d'information. Les professeurs suffisamment
technophiles se sont abonnés à des fils RSS
et sont immédiatement informés des mises à jour,
s'ils n'ont pas créé une page personnalisée
sur Netvibes.
L'information
se bouscule au portillon, la nouveauté nous assaille..
Beaucoup
de liens du cartable connecté ont vieilli et mériteraient
d'être replacés dans une autre perspective.
Le cartable connecté étudiant doit être
complètement réactualisé.
Quelle
est l'espérance de vie d'un cartable, même connecté,
plus qu'un chat, moins qu'un chien ou autant qu'un phénix
? Pour durer, peut-être faut-il se défaire de
tout ce qui encombre et ne garder que ce qu'on emporterait
dans une île déserte. Aujourd'hui, il nous paraît
important de laisser la plupart des liens aux archives, d'abandonner
une certaine ambition d'exhaustivité et de s'en tenir
au strict essentiel. En toute subjectivité.
Le cartable connecté 2008 tentera d'avoir la légèreté et
la discrétion d'un haïku, et nous y travaillons !
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